Les étudiants et l’argent, discussion avec une jeune diplômée : Arlette Ehode

La vie étudiante est un grand parcours d’apprentissage. Pour les jeunes immigrants, cette période est aussi marquée par une grosse coupure du confort familial. Du jour au lendemain, on se retrouve plus ou moins laissés à nous même, dans un nouvel environnement où l’on devrait se comporter comme l’adulte que l’on n’est pas encore. Cette vie étudiante a pour but d’être couronnée par un/plusieurs diplôme(s), mais il est important de conscientiser sur tout ce qui va avec. Il y a beaucoup de sujets à aborder dans cette optique.

Aujourd’hui nous allons nous concentrer sur un seul point et non des moindres : l’ARGENT. Tous les étudiants sont concernés. Mais pour les immigrants qui arrivent avec de gros montants correspondant aux exigences d’immigration Canada; l’importance de savoir gérer son argent prend tout son sens, et c’est ce dont nous allons parler. Pour ce faire, j’ai interviewé une jeune femme ambitieuse, récemment diplômée de l’Université de Montréal : Arlette Ehode.

A la lecture de cette interview, certaines seront inspirées par la discipline d’Arlette et d’autres auront certainement un petit sourire en coin « nostalgique ».

Bonne lecture !

Photo Credit : ManikmatiPhotography  /  MUA : Deisy Mariano

“C’était un sacrifice que mes parents faisaient pour me voir réussir et je ne pouvais pas me permettre de jeter cet argent par la fenêtre”

Présentes toi en quelques lignes :

Je m’appelle Arlette Ehode, j’ai 26 ans, je suis camerounaise d’origine et j’ai grandi au Sénégal à Dakar. Je suis arrivée à Montréal en 2010 pour mes études universitaires en coopération internationale et en développement  philanthropique à l’Université de Montréal.

Quel âge avais-tu lorsque tu arrivais au Canada et est-ce que c’était la première fois que tu vivais seule?

J’avais 18 ans à mon arrivée au Canada et c’était bien la première fois que je vivais seule.

“Je gérais mon argent en veillant d’abord à ce que ma scolarité, mon logement annuel, et ma nourriture soit couverts”

Qu’est-ce qui a nécessité le plus d’efforts d’adaptation de ta part lorsque commençais ce nouveau chapitre de ta vie ?

Avant tout le fait d’être seule loin de ma famille et de mes amis, mais surtout le froid. C’était la première fois que je vivais dans un pays avec des températures aussi extrêmes.

Avant ce grand voyage, considères tu avoir été préparée à la gestion de tes finances personnelles ?

Oui bien sûr. Mon père depuis le bas âge nous a toujours habitué à gérer notre argent de poche en fonction de nos besoins. Du coup, j’avais déjà fait une répartition de mon budget semestriel en fonction de mes priorités et tout ce qui était loisir ou extra.

“Je me disais toujours si ce n’est pas une priorité, ce n’est pas nécessaire”

Peux-tu décrire le style de vie que tu avais lorsque tu étais étudiante ?

J’avais la vie étudiante classique, école-maison – dodo et chilling ou petites sorties de temps en temps.

Les premiers mois j’essayais plus de me concentrer sur mes études (tant que je pouvais résister aux sorties).

Quel était le solde de ton compte à ton arrivée au Canada ?

Le solde de mon compte était d’environ 21 000$ . À l’époque (2010) c’était le budget de référence d’immigration Canada couvrant les frais scolaires, logements, vêtements d’hiver, nourritures, téléphone, transport et assurance maladie.

Qu’est-ce qui t’as permis de ne pas faire de folies avec l’argent qui était à ta disposition ?

Je savais que j’avais un but à atteindre et j’ai toujours été à l’aise financièrement. Mes parents ne m’ont jamais privé des choses qui me faisaient plaisir. Même si cette somme était importante, pour moi c’était un sacrifice que mes parents faisaient pour me voir réussir et je ne pouvais pas me permettre de jeter cet argent par la fenêtre.

Je me disais toujours si ce n’est pas une priorité, ce n’est pas nécessaire.

“Lorsque je sais que je devais faire une dépense sur ma carte de crédit, je faisais un paiement aussitôt la carte utilisée”

Globalement, comment gérais-tu ton argent ? Quelles étaient tes priorités ?

Je gérais mon argent en veillant d’abord à ce que ma scolarité, mon logement annuel, et ma nourriture soit couverts. Ensuite, je me penchais ce qui pouvait me faire plaisir.

Concernant la gestion de ton argent, quelles ont été les plus grandes tentations/erreurs durant ta vie étudiante et comment as-tu réagis ?

Je me retenais franchement au max pour ne pas craquer durant mes virées shopping. Sinon mes plus grandes erreurs ont été les quelques cours que j’ai raté à causes des sorties et parfois le manque de concentration. Pour moi, payer un cours et le raté c’est frustrant. C’est ce que j’appelle jeter l’argent par la fenêtre bêtement. J’étais jeune et je voulais vivre comme on dit; ce qui m’a parfois coûté cher car il m’arrivait d’oublier mes priorités. Mais l’essentiel est d’apprendre de ses erreurs et j’ai très vite su rattraper le tir.

 “A 19 ans, j’ai dit à mon père que je ne voulais plus qu’il dépense toutes ses économies sur moi”

Quel a été le moment le plus difficile financièrement et comment t’es-tu relevée ?

Le moment le plus difficile a été lorsque à 19 ans, j’ai dit à mon père que je ne voulais plus qu’il dépense toutes ses économies sur moi. Venant d’une famille de 8 enfants, j’étais la 6eme, mes grands frères et sœurs n’étaient déjà plus vraiment sous sa charge. Je voulais qu’il en soit de même pour moi. Bien que financièrement il pouvait se le permettre, je ne voulais pas être une charge pour lui.

J’étais une battante et je voulais lui montrer de quel bois je me chauffe. J’ai donc demandé à mon père de ne m’envoyer que les frais universitaires et c’était à moi de me débrouiller pour tout le reste.  Je voulais me discipliner et dans les moments les plus durs, je me disais toujours « fait comme si papa n’est pas là ». C’était mon challenge. Transformer mes obstacles en avantages pour me fortifier et m’émanciper.

Aujourd’hui, je suis fière de moi car je n’ai jamais vu mes parents aussi fiers de moi. Ils sont ma plus grande motivation.

Quel était ton rapport avec le crédit durant ton parcours universitaire ? T’es-tu endetté ? Si oui, avais-tu une bonne connaissance des produits que tu utilisais (carte de crédit, marge de crédit) ?

Mon rapport avec le crédit était correct, financièrement j’étais à l’aise (quand tu sais que tu dépenses la sueur de ton front, tu serres vite la ceinture).

Et lorsque je sais que je devais faire une dépense sur ma carte de crédit, je faisais un paiement aussitôt la carte utilisée. Cela me permettait d’éviter de payer des intérêts à n’en plus finir.

Si tu rencontrais la jeune Arlette fraîchement arrivée du Sénégal, quels conseils lui donnerais-tu ?

Si je rencontrais la jeune Arlette fraîchement arrivée du Sénégal, le lui conseillerais de se concentrer dans ses études car elle est intelligente et possède un grand potentiel. La vie c’est une bastonnade et il faut qu’elle soit parmi les victorieux et non les victimes du système. Elle doit croire en elle, en ses rêves et ne pas se laisser influencer négativement par les autres.

Merci Arlette !

 

Fama

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Founder and Editor in Chief

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